Politiques et études des stocks de saumons rouges

1 décembre 2014


Photo offerte par Joshua Duncan
Cette année, la pêche commerciale au saumon rouge de la rivière Fraser au Canada s’annonçait bonne. Selon les prévisions, 21 millions et peut-être même jusqu’à 70 millions de saumons rouges devaient remonter la rivière. Le décompte final n’est pas encore connu, mais bien que les chiffres semblent bons, notre conversation avec Dennis Brown nous porte à croire qu’avec une approche de gestion différente les chiffres auraient pu être beaucoup plus élevés.
 
Au cours des 20 dernières années, la pêche au saumon en Colombie-Britannique a connu un certain nombre de difficultés. Les difficultés ont pris une telle ampleur qu’une enquête judiciaire a été ouverte en 2010. Nous avons parlé avec Dennis Brown, auteur de Salmon Wars, qui observe de près et qui prend part à la pêche au saumon rouge dans le but de mieux comprendre l’état actuel de cette pêche et la chaîne d’évènements qui ont mené à l’ouverture de l’enquête, mais aussi pour savoir ce qui, selon lui, pourrait être fait pour assurer le futur de cette pêche.
 

L’ABC du saumon

D’abord, Dennis discute de la diversité des espèces de saumons et énumère les cinq types de saumons soit, le saumon quinnat (Chinook), coho, rouge (Sockeye), rose et kéta (Chum). Il explique que « chacune de ces espèces possède une nature biologique qui lui est propre, que les saumons se comportent tous différemment et que leurs prix de marché sont tous très différents. » Le saumon rose est le plus petit et le plus abondant. C’est toutefois le saumon rouge de la rivière Fraser qui est le joyau de la côte britanno-colombienne. Il est au cœur des activités de pêche de cette région ainsi que le gagne-pain de plusieurs personnes et, en parlant avec Dennis, on réalise très rapidement que cette espèce de saumon est aussi sa passion.
 
Il nous explique que le saumon rouge se distingue complètement des autres espèces de saumons. Les saumons partagent généralement un comportement : ils partent pour la mer l’année après être nés. Toutefois, le saumon rouge passe une année supplémentaire en eau douce avant de partir pour la mer. Les saumons retournent instinctivement dans la frayère où ils sont nés. Ils ont développé une préférence pour les conditions dans lesquelles ils sont nés. La plupart des saumons rouges fraient selon un cycle de quatre ans, mais certains ne fraient que la cinquième année. Par exemple, la plupart des poissons suffisamment matures pour frayer en 2014 sont nés quatre ans plus tôt, soit en 2010. Le terme année d’éclosion est utilisé pour désigner l’année de naissance des poissons. Les prévisions faites par le ministère tentent donc de prévoir combien de poissons devraient retourner à la frayère en fonction de leur année d’éclosion.
 
Chaque type génétique de poisson né dans un endroit en particulier est appelé un stock. En Colombie-Britannique, il y a environ 9600 différents stocks de saumons, « ce qui, lorsque l’on réfléchit, est vraiment incroyable; ceci correspond à une beaucoup plus grande diversité qu’en Alaska… » précise Dennis. « Il y a une plus grande biodiversité dans les saumons de la Colombie-Britannique que possiblement partout ailleurs sur la planète. » Dennis estime que de ces 9600 stocks, quelques centaines sont des saumons rouges dont 95 sont des stocks de saumons rouges de la rivière Fraser. De ces 95 stocks, cinq ou six sont considérés comme des stocks importants. Des 21 millions de saumons prévus cette année, 20 millions proviendraient de seulement deux de ces stocks.

Échappée, suréchappée et prévisions

Échappée est un terme utilisé dans la gestion des pêches. Ce mot correspond au nombre de saumons qui, après la pêche, atteint la frayère. Chaque année, le ministère des Pêches et Océans estime, en utilisant les projections des modèles, combien de poissons quitteront l’océan pour revenir dans les rivières et frayer. L’objectif de ces calculs est d’estimer combien de poissons peuvent être capturés sans compromettre la santé du stock.
 
Suréchappée est un terme utilisé par les pêcheurs. Le ministère des Pêches et Océans n’est pas à l’aise d’utiliser ce mot. Selon Dennis, « les pêcheurs l’utilisent parce qu’ils pensent voir un trop grand nombre de poissons se rendre aux frayères. » Il ajoute que « chaque année, il y a un grand débat sur cette question et ce débat dure depuis des années. », même si selon Dennis « en fait, pour plus de cent ans, il n’y a jamais vraiment eu de désaccord sur le fait qu’on ne voulait pas voir trop de poissons dans les frayères. » Dennis est d’avis que le débat sur la suréchappée n’est devenu litigieux que récemment.
 
Faire des prévisions de l’abondance du saumon peut s’avérer assez complexe. Pour simplifier la façon de faire, Dennis l’explique comme ceci : « Les prévisions de l’abondance du saumon sont basées sur des modèles classiques de recrutement des stocks utilisés partout dans le monde, en particulier la courbe de recrutement des stocks de Ricker. » Il ajoute qu’on entre dans ces modèles des données comme le nombre de poissons nés quatre ans auparavant (l’année d’éclosion), les taux hypothétiques de survie des alevins en eau douce, combien d’alevins ont migré vers l’océan et d’autres variables relatives aux taux de survie en mer. « La plupart des prévisions sur la remonte du saumon sont accompagnées de projections avec différents degrés de certitude. » Le modèle est utilisé pour prévoir une étendue, par exemple, 10 millions à 20 millions de saumons. Ensuite, lorsqu’il fait des projections, le ministère des Pêches et Océans utilise généralement des facteurs de probabilité de 75 % et de 50 %. Ceci veut dire que 75 fois sur 100 leur prévision de 10 millions de saumons est bonne et 50 fois sur 100 leur prévision de 20 millions de saumons est bonne. Le ministère des Pêches et Océans a tendance à préférer le facteur de probabilité de 75 % qui, selon Dennis, est celui qui est le plus utilisé parce qu’il est le « plus prudent ». Avec autant d’écart dans les chiffres, plusieurs décisions concernant les pêches dépendent à la fois des chiffres prévus par la courbe de recrutement des stocks de Ricker et de façon plus importante encore, des chiffres obtenus par les pêches expérimentales faites durant la saison de pêche et des taux de prises.
 

L’histoire du saumon

En Colombie-Britannique, la pêche au saumon existe depuis plus d’un siècle. Ce sont les autochtones qui ont commencé à pêcher le saumon, suivis ensuite par les Européens à la fin du 19e siècle. Bien que la pêche au saumon se fait sur plusieurs rivières de la Colombie-Britannique, Hells Gate sur la rivière Fraser est l’une des régions qui nous vient tout de suite en tête lorsque l’on pense à l’histoire de la pêche au saumon. Sa notoriété lui vient d’évènements qui ont eu lieu en 1913. Hells Gate tient son nom des murs rocheux impressionnants qui s’élèvent vers le ciel, ne laissant ouvert qu’un passage étroit de 35 m. Ce passage était la route qu’empruntaient plusieurs saumons rouges. La région était aussi assez populaire auprès des gens en raison de la ruée vers l’or, de sa beauté et de ses ressources naturelles; plusieurs personnes s’y rendaient. Le Canadien Pacifique commença la construction du chemin de fer dans cette région et, en 1913, le chemin de fer Canadien du Nord décida aussi de construire une voie ferrée sur le bord de la crête de Hells Gate. Durant la construction, il y a eu un important éboulis de rocher, laissant dans le passage de grosses roches et des débris qui, par conséquent, obstruaient de façon importante le passage du saumon rouge. Ce qui était l’un des plus importants passages pour le saumon rouge était devenu presque inaccessible. Plusieurs poissons étaient coincés en aval de Hells Gate. Selon Dennis, « les stocks de la Fraser ont presque été anéantis. » Dans son livre Salmon Wars, Dennis décrit cet évènement plus en détail. Les roches et les débris furent déplacés hors de la région et d’autres efforts furent faits pour que les saumons aient plus facilement accès au passage. Dennis raconte la reconstruction des stocks : « Au fil des ans, les remontes ont augmenté, si bien que vers les années 1990 nous produisions littéralement plus de saumons rouges dans la rivière Fraser dans un cycle (cumulatif) de quatre ans que dans les années 1890. »
 
Malheureusement, la croissance des stocks semble s’être arrêtée de façon abrupte. Quelque chose s’est produit au milieu des années 1990 et la conséquence de ce qui s’est produit s’est fait sentir en 2009 alors que la remonte comptait moins d’un million de saumons, la plus petite remonte jamais observée, et ce, même si l’échappée de l’année d’éclosion 2005 avait été excellente. Plusieurs groupes et individus ont formulé des hypothèses pour expliquer la cause de ce déclin, évoquant la surpêche, des facteurs environnementaux, la pisciculture, les changements climatiques, les politiques de gestion et plusieurs autres raisons. Avec une année aussi désastreuse et, évidemment, la nécessité de revoir la situation, une enquête, nommée la Commission Cohen, a été ouverte. Cette commission devait examiner ce qui avait mené à de si petites remontes et déterminer ce qui devrait être fait pour rétablir des remontes saines. La Commission Cohen a maintenant terminé son travail et selon Dennis ce fut « très décevant puisque la commission a été organisée d’une façon telle qu’elle s’est perdue dans un dédale d’enjeux secondaires et, en fait, n’en est pas venue à de réelles conclusions quant à la cause du déclin. Le problème reste donc entier. »
 
Les chiffres pour les poissons ont été assez bons cette année, mais si on tient compte de l’année d’éclosion, la remonte de cette année serait considérée assez peu productive. Dennis indique que dans les années 80 et 90, « les taux de retour des stocks étaient de 2 à 3 adultes pour chaque géniteur et, dans certains cas, de 7 à 12, tandis que maintenant nous sommes plutôt à un temps où, lors de nos meilleures années, nous observons moins d’un adulte pour chaque géniteur, certaines fois même moins d’un demi-adulte pour chaque géniteur. »
 

Les raisons du déclin

Toutes les parties concernées par les pêches ont leur manière bien à elles d’expliquer le déclin. Nous avons choisi de nous pencher sur ce que pense Dennis parce qu’il est un grand observateur de la pêche au saumon rouge depuis si longtemps. Il a donc eu l’occasion d’étudier les différentes facettes de la situation ainsi que les explications que certains ont évoquées pour expliquer la cause fondamentale du déclin. Selon Dennis, les politiques de gestion actuellement en place sont la raison la plus importante du déclin. Il pense également que plusieurs propriétaires de petit bateau partagent son opinion. Les politiques ayant eu la plus grande incidence sur les pêches sont celles du Plan Mifflin et du Plan Anderson qui sont à l’origine de la Politique concernant le saumon sauvage. 
 
Dr Walters de l’Université de la Colombie-Britannique est une sommité mondiale dans le domaine des dynamiques des populations de poissons et, depuis des décennies, un conseiller important auprès du ministère des Pêches et Océans et de l’industrie. En 2006, Dr Walters a reçu le mandat d’écrire un article pour le Conseil pour la conservation des ressources halieutiques du Pacifique et, dans cet article, il décrit qu’aucun problème ne découlerait de la suréchappée. En 2006, il conclut que la courbe de recrutement des stocks de Ricker, dans laquelle les poissons possèdent différents taux de productivité selon l’abondance de la nourriture, la concurrence pour la nourriture, etc., aurait la forme d’une cloche où l’on observe une croissance de productivité jusqu’à ce que le rendement maximal soutenu soit atteint. Cette croissance serait ensuite suivie par une décroissance graduelle. Il serait donc facile de faire des ajustements ultérieurs. Après avoir étudié les remontes des saumons rouges de la rivière Fraser au cours des 15 à 25 dernières années, le Dr Carl Walters  conclut maintenant que la suréchappée ne produit pas des populations de poissons plus importantes. Donc, le fait de permettre à plus de poissons d’atteindre la frayère n’augmente pas le stock; à l’inverse, cette façon de faire peut faire perdre des revenus aux pêcheurs. Avec ce type de politique de gestion, Dr Walters estime que les pêcheurs ont perdu près d’un demi-million de dollars au cours des 20 dernières années. De plus, il indique qu’il est maintenant évident qu’il existe une « dépendance retardée à la densité » par laquelle de très grandes abondances lors d’une année d’éclosion peuvent donner lieu à une productivité réduite des géniteurs au cours des prochaines années. Ces effets à retardement sont probablement à l’origine de la tendance à dominance cyclique extrême observée dans les plus gros stocks et suggèrent que les cibles de stocks de géniteurs devraient être établies de sorte à être plus basses que l’abondance future à laquelle on s’attend des géniteurs qui, quant à elle, ne dépend que de l’année d’éclosion.
 
Un autre plan pour radicalement changer l’état des pêches a été élaboré durant les années où Fred Mifflin était ministre des Pêches et Océans. Sa façon de faire a été de réduire la flottille, et ce, principalement pour des raisons économiques. Durant cette période, la flottille de pêche commerciale au saumon a été presque réduite du deux tiers et par conséquent, le nombre de pêcheurs-propriétaires a aussi diminué au profit d’un contrôle accru des grandes entreprises. Ce programme se basait sur les idées du Dr Peter Pearce, un réputé spécialiste de l’économie des pêches de l’Université de la Colombie-Britannique. Dennis explique que le Dr Pearce croyait que « si l’on plaçait la propriété commune entre les mains du secteur privé, les propriétaires trouveraient des moyens efficaces pour réduire les coûts et pour tirer un maximum de profit de la ressource. » Le modèle économique du Dr Pearce favorisait ceux qui avaient accès à des capitaux et les grosses entreprises au détriment des petits propriétaires-exploitants de sorte que dorénavant ceux qui pêchaient dans les eaux la côte ouest et possédaient les connaissances au sujet des pêches avaient perdu leur influence. C’est donc dire que la politique de gestion des pêches et les intérêts des entreprises décidaient du futur de la pêche sur la côte ouest. Cette situation faisant aussi en sorte qu’il était facile de jeter le blâme sur les pêcheurs. Selon Dennis, « Le risque politique et les désavantages pour Ottawa de critiquer la pêche commerciale sont peu nombreux. » Bien qu’il soit plus important que jamais de le faire, il est difficile pour les pêcheurs d’intervenir d’une voix forte dans les décisions qui sont prises parce qu’il ne reste presque plus de pêcheurs dans l’industrie. 
 
David Anderson a été le prochain à occuper le poste de ministre des Pêches et Océans et a proposé un plan qui, éventuellement, est devenu le Programme de restructuration des pêches du Pacifique. Ce programme était une tentative pour gérer les faibles stocks de saumons coho. Son soi-disant objectif était la conservation. Bien que Dennis croie que la conservation est primordiale, il dit que le public a été quelque peu induit en erreur. La conservation et les défenseurs de la conservation ont été utilisés pour élaborer des stratégies politiques qui ont contribué à déplacer de façon importante la richesse. Selon Dennis, « Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’y a pas de problèmes de conservation, parce qu’il y en a… mais ces problèmes ne justifient pas ce qui a été fait. » Toujours selon Dennis, la mise en œuvre du Programme de restructuration des pêches du Pacifique devait mener à un « taux de mortalité » du saumon coho de zéro. Dennis explique qu’un bon stock de saumons coho peut se compter en centaines tandis que d’autres espèces de saumon se reproduisent par millions. Étant donné leur habitat, Dennis est d’avis que le saumon coho a été très touché par l’étalement urbain. De tout petits ruisseaux à saumons coho ont subi des dommages en raison des activités agricoles, du détournement de cours d’eau, de l’exploitation forestière, etc.
 
Selon Dennis, une approche plus pragmatique aurait pu être prise. Il croit que le ministère des Pêches et Océans devrait cesser son « approche rigide et inflexible d’échappée fixe » puisqu’elle empêche la pêche dans les stocks abondants tout en essayant de permettre aux stocks identifiés comme étant menacés d’atteindre leurs cibles d’échappée optimales. Dennis indique que ce genre de politiques est en fait à l’origine des problèmes relatifs à la dépendance à la densité dans le cas des stocks plus productifs et a fait peu de choses pour améliorer les stocks plus faibles. Dennis est plutôt en accord avec la recommandation formulée au ministère des Pêches et Océans par Dr Walters, c’est-à-dire d’adopter une politique moins radicale et plus équilibrée, nommée la politique du taux de capture fixe. Cette politique, qui permet qu’une certaine portion de chaque stock soit capturée dans une proportion qui ne met pas en péril le stock et qui tente de reconstruire graduellement les stocks plus faibles, a été en place pendant des décennies et selon Dennis, « ça fonctionnait. »
 
De plus, Dennis nous avertit que certains termes importants en matière de conservation auraient pu être mal interprétés. Bien que des mots comme surpêche puissent avoir été utilisés, il existe, selon lui, une grande différence entre pêcher dans des stocks qui n’ont pas atteint leur rendement maximal soutenu (RMS) et pêcher dans des stocks de poissons menacés. Des méthodes de gestion différentes pourraient être utilisées dans chacune de ces situations et en aucun temps des stocks n’ont vraiment été menacés.
 
Dennis souligne également que certains ont nommé l’effondrement désastreux des stocks de saumons rouges l’ « effondrement Anderson » en raison de la mise en œuvre du plan de gestion des faibles stocks. « … l’approche sévèrement restrictive fait en sorte que quelques-uns des stocks importants et très productifs, particulièrement dans la rivière Fraser, possèdent trop de géniteurs et presque du jour au lendemain le taux de productivité de ces stocks chute et c’est ce qui a mené à l’effondrement de 2009. » 
 
Dennis ne croit pas qu’il existe de preuves concluantes prouvant que les changements climatiques ou la pisciculture sont à l’origine du déclin. Il ajoute que, bien qu’il ne soit pas un partisan de la pisciculture, il ne croit pas qu’elle soit l’unique cause du déclin. Selon ce même raisonnement, il exclut la possibilité que le déclin ait été causé par la pisciculture ou par les changements climatiques. « Une des grandes raisons pour laquelle je n’y crois pas est l’énigme de 2009. Cette année-là, il y a eu presque aucune remonte, même si en 2005 il y avait eu une importante remonte des géniteurs. Il y a aussi le phénomène de 2010, année où j’estime que 40 millions de saumons rouges de la Fraser sont revenus, une remonte encore plus importante que toutes celles enregistrées depuis que les Européens sont venus sur ce continent. » Dennis se demande donc, comment les changements climatiques, la perte d’habitat ou la pisciculture pourraient être à l’origine de ces évènements. « Comment serait-il possible que ces deux évènements se produisent l’un après l’autre? »
 
Dennis explique qu’avant les politiques mises en place dans les années 90, les cycles de reproduction des saumons rouges de la Fraser suivant une tendance cyclique. Il y avait des hauts et des bas; les poissons « s’étaient organisés eux-mêmes » en fonction de la sélection naturelle afin de survivre aux problèmes de prédation et de surconsommation de nourriture, et ce, par le biais de milliers d’années d’évolution. Dans différentes régions, on retrouvait fréquemment des stocks importants, mais avec l’introduction de règlementations qui ont changé les pratiques de pêche, les cycles des poissons ont aussi changé, causant de plus importants hauts et bas dans leur cycle. Ceci a mené à des situations où une année les poissons étaient très nombreux et cette année était suivie de plusieurs années où les populations de poissons étaient très faibles. Dennis dit que dans le passé, les stocks de poissons se portaient tellement bien qu’ils avaient même créé un second et plus petit cycle. Dennis conclut la discussion sur les politiques en disant « Vous n’avez pas à dépenser beaucoup d’argent; vous n’avez qu’à nouveau être à l’écoute des stocks et les laisser se reconstruire. »
 

Alors, que peuvent faire les pêcheurs pour améliorer la situation?

 
Dennis croit que les pêcheurs doivent se joindre à des organismes qui représentent les pêcheurs. Dennis est l’un des membres fondateurs du Conseil canadien des pêcheurs professionnels et défend avec ferveur le travail du Conseil. Il souligne qu’il existe actuellement des petits groupes, mais qu’ils défendent souvent des intérêts différents. Il aimerait bien voir un plus grand nombre de groupes unifiés avant que la propriété publique ne tombe complètement aux mains du secteur privé. Ceci permettrait de formuler une contre-proposition aux « Drs Pearce de ce monde. »
 
Avec beaucoup d’humilité, Dennis nous dit « Je ne suis qu’un pêcheur, mais j’ai consacré beaucoup de temps à apprendre les aspects techniques de la pêche parce que c’est tellement politisé. » Il propose que les pêches se munissent de connaissances techniques. Il souligne que les pêcheurs entrent souvent dans une rencontre et sont bombardés de verbiage technique, de modèles et de statistiques. Il existe un important fossé entre le langage utilisé par le gouvernement et la science et celui des pêcheurs. Selon lui, plusieurs des sujets traités lors de ces rencontres pourraient être présentés simplement, mais les discussions sont souvent brouillées par l’emploi de jargon technique. Il souligne aussi que les scientifiques et le gouvernement ne prennent pas en considération les précieuses connaissances que possèdent les pêcheurs.
 
Dennis se permet de formuler une solution au ministère des Pêches et Océans; il propose d’utiliser les pêcheurs et d’« habiliter des gestionnaires locaux pour compter les alevins et fournir de meilleures données des pêches commerciales contrôlées. » Aux groupes d’intérêts, il précise qu’au lieu de croire que les pêcheurs sont leurs ennemis, ils devraient plutôt travailler avec eux pour trouver des solutions pratiques. Si vous travaillez avec les pêcheurs, vous vous rendrez compte qu’ils sont « plus que prêts à faire ce qu’il faut pour la ressource. »