Pêcheur en toutes saisons

16 septembre 2014


Jack Greenham
Bienvenue à notre série d’articles qui vous fera découvrir au fil des entrevues des gens fascinants de l’industrie de la pêche.
 
Le Conseil canadien des pêcheurs professionnels (CCPP) travaille avec des personnes fort intéressantes dans le secteur de la pêche. Elles collaborent à certains de nos projets, participent à nos comités, et nous les consultons sur des enjeux qui touchent leur secteur. Ce sont d’excellentes sources d’information sur l’industrie, et nous avons de la chance de pouvoir compter sur leur collaboration. 
 
La première personne sur qui nous braquerons nos projecteurs est Jack Greenham, de Comfort Cove – Newstead, à Terre-Neuve. Jack pêche au large des ports de la côte est et nord-est de Terre-Neuve et le long de la côte du Labrador. Nous avons eu l’occasion de faire sa connaissance dans le cadre du projet de Simulateur de stabilité pour les bateaux de pêche et lors des réunions du Conseil consultatif maritime canadien (CCMC). 
 
Nous lui avons demandé ce qui l’avait amené à la pêche et à quel moment. Comme beaucoup de participants dans l’industrie, il a commencé jeune. « J’ai pêché pratiquement toute mon enfance. J’ai commencé à pêcher le homard avec mon frère Bill à l’âge de 12 ou 13 ans. On partait [en mer] à 4 h du matin, et il me ramenait [à terre] à 8 h pour l’école, et je repartais [en mer] le soir avec lui pour attraper des appâts pour le lendemain. J’ai fini mon secondaire en 1980 et je pêche à temps plein depuis ce temps-là. » Il a ajouté que le Newfoundland Spirit était leur cinquième gros bateau depuis qu’il a terminé ses études secondaires. Il a aussi un bateau côtier du nom de Seabreeze. 
 
Son attachement à la pêche, tout comme celui de son frère, ne peut certainement pas être mis en doute quand il affirme que ni lui ni son frère n’ont manqué une sortie en 34 ans de pêche ensemble. « Si notre bateau est en mer, on est là! » 

Nous avons demandé à Jack ce qu’il faisait en dehors de la pêche, et il a répondu : « Je pêche! » Quand il n’est pas sur le Newfoundland Spirit, il saute sur le Seabreeze pour aller pêcher le crabe et la morue. Et comme si ce n’était pas assez pour nous faire sentir toute sa passion pour la pêche, Jack a ajouté qu’il était président de l’administration portuaire locale et administrateur de la Newfoundland and Labrador Fish Harvesting Safety Association (NLFHSA). Il entretient aussi des liens étroits avec l’organisation Fish Food and Allied Workers et le Professional Fish Harvester Certification Board (PFHCB) en tant que conseiller ou participant aux discussions sur la réforme des règlements touchant les pêcheurs, notamment sur la stabilité, la formation et la certification, la prévention de la pollution et autres nombreux règlements relevant de la Loi sur la marine marchande du Canada (2001). Jack fait partie de la Garde côtière auxiliaire canadienne depuis 20 ans et est membre du comité consultatif sur les pêches de la circonscription du député Scott Simms.
 
Jack et son épouse ont trois enfants qui les tiennent bien occupés. Il parle avec fierté de sa fille Courtney qui vient d’obtenir son diplôme de l’Université Memorial de Terre-Neuve (MUN) et qui fait présentement un certificat technique en génie de la sécurité au College of the North Atlantic. Son fils Andrew vient de terminer sa première année de génie maritime à MUN et effectue son premier stage avec Jack et son frère. Le petit dernier, Zachary, vient de finir sa 7e année.  
 
Jack enseigne au Fisheries and Marine Institute de l’Université Memorial, où il a lui-même étudié à l’époque où le Marine Institute s’appelait College of Fisheries. Il s’est inscrit au programme de sciences nautiques en 1980. Il lui a fallu du temps pour le terminer parce qu’il pêchait à temps plein, mais sa détermination lui a finalement valu la médaille de bronze pour l’excellence de ses résultats scolaires en sciences nautiques. À la même époque, Jack a aussi fait le cours de capitaine de bâtiment de pêche, 2e classe et celui de 2e officier au long cours (ON2). Depuis, il a suivi le cours de capitaine de bâtiment de pêche, 1re classe et celui menant au brevet de capacité de capitaine à proximité du littoral. Il a obtenu un baccalauréat en études maritimes, un certificat en enseignement postsecondaire, et il achève sa maîtrise en gestion maritime. 
 
Avec autant d’expérience sur les bancs d’école, Jack comprend certainement très bien la dynamique de l’étudiant qui travaille en même temps. Jack donne actuellement les cours de capitaine de bâtiment de pêche et affirme : « Le cours sur la stabilité des bateaux de pêche est maintenant celui que je préfère donner. Comprendre la stabilité, tant du point de vue théorique que pratique, est absolument essentiel pour les pêcheurs. J’ai souvent dit qu’en fait les pêcheurs devaient comprendre la stabilité des bateaux mieux que les marins marchands. »   
 
Son expérience en conception de curriculums et sa connaissance approfondie de la stabilité se sont avérées des atouts indéniables dans la création du simulateur de stabilité pour les bateaux de pêche. Ce programme, issu d’un partenariat entre le CCPP et le Marine Institute, vise à faciliter l’enseignement aux pêcheurs des notions de stabilité des bateaux. Jack connaît très bien les dangers et les défis liés à la stabilité. Il compare la complexité des bateaux de pêche à celle des cargos : « Tout d’abord, on n’a pas de manifeste de cargaison pour nous donner de l’information, et notre cargaison est une cible mouvante. Une fois à bord, le poids et la position du centre de gravité de cette cargaison en vrac ne sont bien souvent qu’une approximation. »  Il souligne aussi que « beaucoup d’espèces, une fois à bord, font un peu comme un liquide, ce qui provoque un effet de carène liquide très dangereux ».

Depuis que le Simulateur de stabilité pour les bateaux de pêche est terminé, Jack a repris l’enseignement des cours du programme de capitaine de bâtiment de pêche. Il enseigne notamment la stabilité, le travail sur les cartes, la météorologie (MET), les connaissances générales sur le navire (GSK) et d’autres sujets. En plus de l’enseignement, il a aussi accepté la fonction de formateur coordonnateur au campus satellite du Marine Institute à Lewisporte. Jack passe maintenant six mois à enseigner, et pêche les six autres mois – parfois les deux activités se chevauchent. Il travaille actuellement sur un nouveau curriculum pour les cours GSK1, MET1 et construction et stabilité du navire (SCS) 1 et 2 avec ses collègues pêcheurs Heather Starkes et Bobby Noble. 
 
Quel cours Jack recommande-t-il à ceux qui veulent progresser? « Le programme de capitaine de bâtiment de pêche du Marine Institute, voilà ce qu’il faut. » Il souligne qu’on aborde dans les cours les exigences de Transports Canada, mais qu’on y voit aussi de la matière qui incite à prendre des précautions dans l’exploitation d’un bateau. Il ajoute que tous les formateurs de l’école des pêches possèdent « une vaste expérience dans l’industrie et de solides qualifications dont les étudiants peuvent profiter en classe ».
 
Le CCPP a eu l’occasion de rencontrer Jack plusieurs fois au cours des dernières années lors des réunions du CCMC à Ottawa auxquelles il a participé en tant qu’invité du PFHCB. Jack s’intéresse essentiellement au nouveau Règlement sur la sécurité des bateaux de pêche lors de ces réunions.  
 
Il mentionne que lui-même et ceux qui participent aux réunions avec lui en tant que représentants de l’industrie des pêches de Terre-Neuve n’ont qu’un seul objectif en tête, celui d’améliorer la sécurité et d’épargner des vies humaines. « Aucun des représentants n’agirait à l’encontre de ce principe sous-jacent », affirme-t-il. 
« L’un des principaux enjeux dont nous débattons depuis quelques années tourne autour des exigences proposées qui rendraient obligatoires une forme d’évaluation de la stabilité pour pratiquement tous les bateaux de pêche et l’inscription de marques de franc-bord minimal recommandé sur les bateaux. » Jack ajoute que ces questions « méritent qu’on s’y attarde ». Il craint un changement de cap sur la question de la sécurité maritime aux réunions du CCMC au profit d’une réglementation qui risque de nuire à la sécurité. « J’espère sincèrement qu’on ne cherche pas à accélérer la réforme réglementaire simplement pour respecter des délais arbitraires. »
 
Pour finir, Jack décrit son expérience de collaboration avec le CCPP. Il affirme qu’il connaissait l’existence du CCPP depuis un certain temps, mais qu’il a travaillé directement avec le CCPP pour la première fois en 2007, quand M. Mark Dolomount du PFHCB lui a demandé d’assister à une réunion à Ottawa où se tenaient les premières discussions sur le simulateur de stabilité pour les bateaux de pêche. Il a participé à plusieurs autres réunions par la suite, jusqu’à ce que l’école des pêches lui demande d’élaborer un scénario et de travailler avec un concepteur graphique à planifier le fonctionnement du simulateur. « En plus d’écrire le scénario, mon rôle en tant que spécialiste du contenu consistait principalement à m’assurer que ce qu’on verrait et sentirait à l’écran serait fidèle à la réalité, ou du moins le plus possible. »
 
Il parle de sa participation au projet en termes favorables. « J’ai eu le privilège de travailler avec une formidable équipe d’experts. […] Il y a eu des moments assez difficiles, comme dans la plupart des projets de recherche et développement. Nous innovions, en terrain vierge, mais je pense que nous avons fait de grands progrès. Nous avons un programme utilisable – en passant, nous l’utilisons tous [les formateurs de l’école des pêches] comme outil d’enseignement en classe –, un programme auquel les pêcheurs ont accès gratuitement pour apprendre les notions de stabilité dans le confort de leur foyer et à leur rythme. »
 
Le CCPP s’appuie sur les connaissances et les compétences de personnes comme M. Greenham pour effectuer son travail. Nous tenons à remercier M. Greenham de sa contribution à l’industrie et à nos projets. Merci aussi d’être notre premier professionnel de l’industrie de la pêche sous les feux des projecteurs. 
Revenez nous voir bientôt pour savoir qui sera sous nos projecteurs prochainement.