Le développement durable des ressources humaines dans l’industrie des pêches : une situation de crise

24 août 2005

Une étude exhaustive financée par le gouvernement fédéral révèle que la population active de l’industrie des pêches exploitée par des propriétaires-exploitants indépendants, la pierre angulaire de l’industrie des pêches commerciales au Canada, est confrontée à un avenir incertain, tant dans la région de l’Atlantique que sur la côte du Pacifique.

Le Conseil canadien des pêcheurs professionnels (CCPP) est le conseil sectoriel national des ressources humaines de l’industrie des pêches au Canada. Il a entrepris une Étude sectorielle de l’industrie des pêches canadienne avec l’appui du ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences du Canada (RHDCC). Le projet de recherche de cinq ans, mené en 2 phases, est l’étude la plus exhaustive des ressources humaines de l’industrie des pêches qui ait jamais été entreprise au Canada. Elle recommande un effort concerté, de la part de toutes les provinces de pêche et du gouvernement fédéral, afin de sauvegarder les flottilles de propriétaires-exploitants indépendants, lesquelles constituent la base économique de centaines de collectivités rurales côtières sur trois côtes océaniques.

« Les propriétaires-exploitants indépendants produisent trois quarts des débarquements de poisson d’une valeur de 2,3 milliards de dollars et une valeur de 4,5 milliards de dollars en exportations dans l’industrie canadienne des pêches, » a affirmé M. Earle McCurdy, président du CCPP, à l’occasion du lancement du rapport aujourd’hui à St. John’s. « Les flottilles de propriétaires-exploitants produisent près de 1,7 milliard de dollars en revenus d’entreprises, la
grande partie de cette somme étant dirigée vers des régions rurales défavorisées au plan économique. En l’absence d’un engagement politique net et d’une stratégie concertée, nous risquons de perdre la main-d’oeuvre hautement qualifiée qui produit un si grand rendement avec nos ressources halieutiques. »

Comme c’est le cas pour bien des professions et métiers, la population active de l’industrie des pêches vieillit. Près de la moitié des patrons de pêche à plein temps au Canada, dont le nombre s’élève à environ 14 000, prendront leur retraite de l’industrie au cours de la prochaine décennie. L’étude du CCPP révèle que, par suite de la réduction des possibilités de pêche occasionnée par la baisse de quelques stocks de poissons clés et d’une diminution générale
des populations rurales, le nombre de jeunes qui ont fait leur entrée dans l’industrie au cours des vingt dernières années a chuté de façon draconienne. La relève formée par de nouveaux participants qualifiés et expérimentés n’existe tout simplement pas pour remplacer les patrons et les membres d’équipage qui prennent leur retraite dans de nombreuses flottilles. « Les pêcheurs actuels vieillissent, » affirme M. McCurdy, « et nous risquons de perdre la prochaine
génération de pêcheurs. »

Selon l’étude, des changements importants s’opèrent également au chapitre des tendances en matière de recrutement des ressources humaines. Par le passé, il y avait un système d’apprentissage informel qui fonctionnait très bien : les jeunes allaient travailler sur les bateaux de pêche locaux – bien souvent avec des membres de leur famille – et acquéraient ainsi les compétences et les connaissances nécessaires par le travail sur le tas. Ils étaient ensuite en
mesure de prendre en charge l’entreprise d’un parent ou d’un voisin qui partait à la retraite. Environ un tiers des pêcheurs – ce nombre est plus élevé sur les gros bateaux – ont aussi suivi des programmes de formation formels afin d’obtenir leur « certificat de capitaine ».

Aujourd’hui, comme il y a moins de bateaux et que les saisons de pêche sont plus courtes, il y a moins de possibilités de faire l’apprentissage sur le tas. En revanche, les exigences en matière de connaissances et de compétences ont augmenté dans les domaines de la sécurité, les technologies qui doivent être utilisées sur les bateaux sont plus complexes, il faut participer à la gestion des pêches et aux sciences halieutiques et il faut gérer des entreprises plus complexes. Les organisations de pêcheurs ont établi des programmes de professionnalisation afin de relever ces défis, mais un système de formation plus pertinent et plus accessible doit être mis en place afin d’aider la main-d’oeuvre actuelle et d’inciter des jeunes compétents à participer à l’industrie.

Un autre obstacle important au recrutement de nouveaux participants est le coût élevé des permis et des quotas de pêche commerciale. Un seul permis de pêche du homard en NouvelleÉcosse ou permis de pêche du flétan en Colombie-Britannique peut coûter au-delà d’un million de dollars. Les coûts de financement des permis, des bateaux et des quotas ont pour effet de rendre les nouveaux pêcheurs plus vulnérables à tout ralentissement des débarquements ou des prix du poisson. Les mesures fiscales qui traitent les pêcheurs de manière différente par rapport aux autres entrepreneurs sont des obstacles également pour les pêcheurs qui veulent transférer leurs permis et leurs exploitations à leurs fils, à leurs filles ou à d’autres jeunes pêcheurs indépendants.

Dans la région de l’Atlantique, le système de délivrance de permis axé sur le « propriétaire-exploitant » et sur la « séparation de la flottille » a permis de protéger la flottille indépendante contre la prise en charge par des compagnies de transformation et d’autres investisseurs externes. Mais avec l’augmentation de la valeur des activités de pêche, les nonpêcheurs ont découvert des échappatoires légaux qui leur permettent de contrôler des centaines
de permis.

L’étude révèle que l’industrie de pêche communautaire traditionnelle menée par des propriétaires-exploitants sur la côte de l’Atlantique est sérieusement menacée. En Colombie-Britannique, il n’y a pas eu de politiques soutenant la flotille de propriétaires-exploitants indépendants. Par suite de la consolidation accrue des flottilles et de l’acquisition par des non-pêcheurs, les collectivités rurales côtières ont perdu un grand nombre de permis de pêche. L’embauche dans l’industrie des pêches en Colombie-Britannique a diminué de plus de 40 % entre 1991 et 2001 et cela a eu des conséquences écrasantes pour bon nombre de communautés côtières, en particulier au sein des Premières Nations.

Parmi certaines mesures clés qu’il faudrait prendre afin d’améliorer les perspectives futures de l’industrie des pêches canadiennes, il y a des changements dans la délivrance des permis, la constitution en société, des règlements fiscaux qui protégent le statut des pêcheurs indépendants, l’amélioration des programmes de formation et d’augmentation de la capacité afin de former les pêcheurs dans les domaines de la sécurité, de la conservation, de la gestion d’une entreprise et dans d’autres domaines de l’industrie moderne. Enfin, un système fédéral-provincial d’aide financière devrait être instauré afin d’aider les jeunes pêcheurs à financer leur entreprise indépendante.

Selon M. McCurdy, les pêcheurs et leurs communautés ont contribué à notre économie, à l’avancement de notre société, à notre mode de vie, et même à notre indépendance. « Les gouvernements et la population générale sont très conscients des défis en matière de conservation des stocks de poisson. Ils doivent maintenant prendre conscience des graves défis auxquels est confrontée la main-d’oeuvre hautement qualifiée et spécialisée de l’industrie des pêches, et ils doivent être prêts à agir. »

Les propriétaires-exploitants indépendants exploitent la vaste majorité des 20 000 bateaux de pêche ayant des ports d’attache dans plus de 1000 villes et
villages sur la côte de l’Atlantique et des 3000 bateaux et plus qui ont traditionnellement pêché à partir de communautés côtières sur la côte du Pacifique. La valeur des débarquements des deux côtes s’élevait à 2,3 milliards de dollars en 2004 et la valeur des exportations se chiffrait à 4,5 milliards de dollars.

Le ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences du Canada (RHDCC) a financé l’Étude sectorielle qui a été dirigée par le Conseil canadien des pêcheurs professionnels. Ce conseil est reconnu par le gouvernement fédéral comme le conseil sectoriel national de l’industrie des pêches et il représente des organisations membres de l’Atlantique, du Pacifique ainsi que des groupes de pêcheurs de l’intérieur.

Dans le cadre de l’Étude sectorielle, menée par PRAXIS Research Inc., de Halifax, des sondages auprès de 1500 propriétaires d’entreprise et de 600 membres d’équipage ont été effectués, des groupes témoins ont été organisés, des entrevues ont été menées auprès de sources clés, des visites ont été effectuées à l’étranger, les publications ont été étudiées et des ateliers régionaux ont été tenus afin d’examiner la politique de pêche.

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